
Quand le luxe rencontre la tradition : Prada « dévoile » les sandales Kolhapuri
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Lors de la Fashion Week de Milan du 22 juin 2025 , Prada a présenté une collection pour hommes comprenant des sandales ouvertes en cuir que beaucoup ont immédiatement reconnues comme une version stylisée du chappal Kolhapuri , les sandales classiques fabriquées à la main de Kolhapur, Maharashtra, Inde.
Alors que les Kolhapuris authentiques se vendent entre 8 et 10 dollars , la version de Prada était estimée à plus de 1 200 euros , déclenchant une vive controverse culturelle.
L'indignation éclate : appropriation culturelle contre reconnaissance
Le manque de reconnaissance culturelle a suscité des réactions négatives de la part des médias, des artisans et des responsables politiques indiens. Sur les réseaux sociaux, des utilisateurs ont accusé Prada de commercialiser une icône culturelle sans la mentionner :
« Prada vend des chappals Kolhapuri pour 1,2 lakh ₹… sans crédit, juste du pur vol culturel. »
( NDTV )
La MACCIA (Chambre de commerce, d'industrie et d'agriculture du Maharashtra) a exigé une reconnaissance formelle, une compensation équitable et un projet collaboratif avec des producteurs certifiés IG.
La réponse de Prada : admettre, collaborer, agir
Après des jours de critiques, Prada a admis que le design était « inspiré » par les chappals Kolhapuri, bien qu'il n'ait ni utilisé le nom ni crédité l'origine initialement.
Ensuite, les choses ont évolué rapidement :
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Une délégation Prada s'est rendue à Kolhapur , en Inde, pour rencontrer des artisans locaux et mieux comprendre l'artisanat du patrimoine.
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Des discussions ont débuté avec MACCIA pour explorer une nouvelle ligne de chaussures « Made in India » impliquant plus de 3 000 artisans certifiés ( Reuters ).
⚖️ Contre-attaque juridique : la plainte pour abus de position dominante (PIL) a été rejetée par le tribunal
Un litige d'intérêt public (PIL) a été déposé devant la Haute Cour de Bombay , demandant des excuses publiques, des réparations financières et une reconnaissance juridique pour les artisans.
Le tribunal a toutefois rejeté la requête , affirmant que seuls les détenteurs d'une étiquette IG ou les associations officiellement reconnues avaient qualité pour intenter une action en justice.
Résultat inattendu : un boom pour les Kolhapuris authentiques
La controverse a ironiquement déclenché une forte hausse des ventes de véritables sandales Kolhapuri en Inde.
Portée par le patriotisme et une nouvelle attention internationale, la demande a explosé, tant au niveau local qu'international. Les recherches en ligne, les publications sur les réseaux sociaux et les achats ont explosé, donnant à ces chaussures traditionnelles une visibilité inattendue.
💬 Voix du terrain : espoir et frustration
De nombreux artisans ont exprimé leur fierté de voir leur art enfin reconnu à l'échelle mondiale. L'un d'eux a confié à Al Jazeera :
« Le monde entier voit enfin notre travail. Il pourrait générer de meilleurs revenus si nous le traitons avec respect. »
Pourtant, la frustration persiste :
« Ignorer notre histoire efface de vraies personnes et des moyens de subsistance. »
a déclaré un activiste, soulignant que la tradition Kolhapuri est préservée par les communautés Dalit qui reçoivent rarement une reconnaissance internationale ou des avantages économiques.
L' étiquette d'indication géographique (IG) , accordée en 2019 pour protéger le produit en Inde, a révélé ses limites en matière de protection juridique mondiale .